fibromyalgie femmeSuggérer à une personne anorexique de manger pour survivre, à une personne alcoolique de cesser de boire pour améliorer son sort, à une personne fibromyalgique de se reposer pour prendre du repos, ça parait aller dans le bon sens, mais on le sait, la mise en application n’est pas si simple.

Quelque chose de plus fort que la volonté s’oppose à la solution, pourtant évidente pour d’autres. En comparant la fibromyalgie à un désordre de stress post-traumatique, les dernières études scientifiques ont permis de mieux comprendre l’origine probable de cette affection sévère. Pourquoi est-elle sérieuse ? Parce que la plupart des individus aux prises avec ces souffrances lancinantes ne peuvent s’en libérer eux-mêmes.

Les personnes ayant développé de la fibromyalgie sont très souvent très dynamiques, désirant prendre leur place dans la société et à l’affût de l’aide à apporter à leur entourage. Les douleurs et l’épuisement les clouent au lit malgré elles. La maladie les prive du plaisir de vivre. Heureusement, une voie de sortie se profile grâce aux quatre clefs d’un traitement global dont nous ferons part dans cet article.

Qu’est-ce que la fibromyalgie ?

Environ 5% de la population en souffrirait, cela fait près de 350 000 personnes au Québec seulement, beaucoup plus de femmes que d’hommes. Les médecins se sentent dépourvus de solutions efficaces. Le diagnostic est posé lorsque toutes les autres hypothèses sont éliminées pour donner un nom à ce syndrome de tensions musculaires extrêmes et autres maux concomitants.

Les individus ayant développé de la fibromyalgie ressentent de la douleur à de nombreux points de leur corps, certains de façon constante, d’autres lors de grands stress. Ces gens demeurent en recherche d’activités comme une sauvegarde à leur anxiété; plus le mal se chronicise, plus ceux-ci sont épuisés, car ils dorment mal et combattent leur état; s’ensuivent des difficultés de concentration, de digestion, encore plus d’anxiété, des raideurs, des malaises intestinaux, parfois des migraines. Aie !

fibromyalgie hommeComment renverser la vapeur ?

Tous les espoirs sont permis puisque certains témoignent du soulagement de la maladie grâce à une démarche personnelle. Quand les résultats d’études scientifiques font conclure au Conseil canadien de Rhumatologie (2012) que « des événements traumatiques antérieurs peuvent être en cause dans l’apparition de la fibromyalgie », l’investigation médicale serait plus complète si les intervenants interrogeaient leurs patients en toute confidence sur une ou des sources potentielles de ces grands malaises.

Identifier un événement perturbateur est assez facile au fond. Nous en avons tous subi, dans notre enfance en particulier, sans que ceux-ci aient nécessairement été remarqués par l’entourage. Il s’agit d’événements que nous pourrions raconter « comme si ça s’était passé hier ». Les moments heureux, eux, disparaissent de la mémoire, comme le repas pris il y a trois semaines, à moins de nous être étouffé à avoir eu peur de mourir. Alors, même après des décennies, nous pourrions raconter un fait, son lieu, les vêtements portés, les paroles entendues, etc.

Normalement, après un danger, le corps relâche la pression et éteint le signal d’alarme. Au contraire, devant l’impact d’événements perturbateurs non intégrés, le cerveau émotif gère le présent avec les lunettes du passé. C’est dire combien ces adultes blessés ont besoin de secours pour rebâtir un périmètre de sécurité intérieure, pris dans une hypervigilance qui n’a plus lieu d’être.

De l’exercice ? À quel prix ?

La science médicale et pharmacologique cherche un médicament soulageant la douleur, c’est bien, mais aucune pilule ne va changer en profondeur un mode de vie, ou plutôt un mode de survie ayant mené à autant de tensions musculaires et nerveuses.

Car à supposer que le passage à l’action ait constitué dans le passé une fuite salvatrice, le réflexe de bouger sans répit devient aujourd’hui le poison autant que le remède. Le remède parce qu’un certain soulagement nait du mouvement, de la fuite, mais un venin parce que l’activation continuelle du système nerveux sympathique, ce réflexe qui répond au danger de façon automatique, finit par causer plus de tort que de bien. Prendre sa place en société devra donc obligatoirement débuter par prendre soin de soi.

De fait, on voit que dans les cas d’épuisement, de burn out, le corps ne peut rester en alerte si longtemps sans que la banque d’énergie se vide et qu’un grand état de fatigue se crée. Mais contrairement à la personne en burn out non fibromyalgique, la personne fibromyalgique refusera le repos salvateur. Même quand elle y est contrainte, elle ne se repose que superficiellement. Son cerveau émotif réagit « comme si » le danger était encore présent. Nous ne sommes pas dans une zone rationnelle, mais émotive, inconsciente, réflexe et involontaire.

prendre soin de soiLes quatre clefs pour se soigner 

Prendre soin de soi débutera par la reconnaissance de son état d’épuisement; ce n’est pas le temps de faire le grand ménage, de garder les petits-enfants ou de déménager fiston. Plutôt le temps de prendre de grandes respirations pleines, abdominales et thoraciques, afin de réactiver le système nerveux parasympathique, le frein sur l’activation effrénée ! Pratiquer le « 365 » – 3 fois par jour, 6 respirations de pleine conscience, pendant 5 minutes – est un minimum vital quotidien. Cependant, cette clef et la dernière sont peu efficaces si les deux clefs centrales ne sont pas investies.

Ainsi la seconde consiste à éliminer les aliments potentiellement inflammatoires de son alimentation. Judicieux, puisqu’une médication antiinflammatoire est probablement prescrite. Varier son mode alimentaire va ajouter de la couleur aux repas. De plus en plus d’études démontrent l’importance d’un intestin fonctionnel pour la production d’hormones telles la dopamine et la sérotonine, neurotransmetteurs du bien-être. Une alimentation non inflammatoire va augmenter les probabilités de mieux-être.

La troisième clef, nous la nommons « enlever le caillou du soulier ». La personne fibromyalgique fera des kilomètres de route sans prendre le temps d’évincer la charge émotive portée dans son cœur. Il s’agit de donner la chance au cerveau émotif d’installer la fin du sentiment de vulnérabilité. Une neutralisation des vieilles émotions coincées survient en acceptant que les choses se soient passées comme elles ont pu et qu’elle s’en est quand même pas mal tirée ! En fait, n’est-elle pas une meilleure personne aujourd’hui grâce à cette expérience ? Une psychothérapie devrait pouvoir aider à atteindre cet état d’acceptation.

La dernière suggestion rassemble les précédentes. C’est celle de se traiter en douceur, ignorant ce monde de compétition et de performance. Yoga, stretching, acupuncture, gymnastique douce, pratiquant près d’une position de repos lorsque le corps l’exige. Bouger oui, mais délicatement, activant la circulation sanguine tout en favorisant le calme, la paix intérieure et la sérénité.

Renégocier les clauses du contrat de service

Somme toute, changer les clauses du contrat de service quant au rôle joué auprès des autres est essentiel. Éventuellement, nous constaterons tous avec sagesse que la vie ne consiste pas à en faire beaucoup, mais que la fierté vient avec le sentiment d’avoir fait de notre mieux ! Bonne détente !

Article publié dans le magazine Vivre, Vol 15, No 1, sept.-oct. 2015.

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