Cet automne, cela fait 5 ans que je me bats contre la fibromyalgie, cela fait 5 ans que j’ai comme seul objectif de vaincre tous ces maux. Lorsque j’ai reçu mon diagnostique, j’ai vu deux options : devenir une victime passive qui attend la pilule miracle ou devenir une féroce guerrière qui trouvera les moyens pour anéantir cet ennemi qui avait pris possession de mon corps. Je suis partie en guerre et les armes, je les ai toutes essayées : les médicaments, les produits naturels, l’acupuncture, l’ostéopathie, la massothérapie, la chiropratique, l’exercice, le repos, la méditation, le yoga, le Qi-Gong, le sauna infrarouge, la médecine fonctionnelle, la kinésiologie appliquée, le reiki, la réflexologie, l’herboristerie, la psychothérapie… Sans parler des diètes : crudivore, sans gluten, sibo, intolérances alimentaires, cétogène, paléo, hypotoxique… Et j’en passe ! J’ai tout essayé ce qui faisait du sens, tout comme ce qui en faisait moins… Un combat sans merci que je mène avec la conviction que je vais finir par trouver la bonne arme ou les bonnes combinaisons d’armes pour vaincre.

Aujourd’hui, j’ai eu une révélation, pas avec la lumière qui descend du ciel et les petits anges qui chantent en chœur un Alléluia… mais presque ! Je mène depuis 5 ans un combat perdu d’avance… car je ne peux pas gagner un combat qui n’en est pas un. Je ne peux pas entrer en guerre contre moi-même et espérer en sortir vainqueur. La fibromyalgie n’est pas un combat à gagner. Je ne suis pas victime de la fibromyalgie, je n’ai pas à me défendre contre elle. Toutes les méthodes du monde n’en viendront pas à bout, non pas parce qu’elles ne sont pas efficaces, tout simplement parce que je les essaie en étant en guerre contre moi-même.

Aujourd’hui, j’ai compris, ou du moins je commence à entrevoir. Je change mon état d’esprit, ma perception. La fibromyalgie est mon amie, oui, une amie qui dit un peu trop fort ce qu’elle pense. Qui dit, sans filtre, les vérités qui font mal. Je dois seulement l’écouter, pas la combattre. Écouter mon corps qui me parle à grand coup de douleur, à grand coup de fatigue, à grand coup d’anxiété, à grand coup de brain fog…

À la défense de mon corps, il n’a pas eu le choix de prendre les grands moyens… Toute ma vie, il m’a envoyé des messages : des petits bobos et de très gros… juste assez pour me ralentir quelques jours, quelques semaines, quelques mois… un avertissement. Trop d’avertissements non écoutés, non entendus, et trop vite justifié et oublié ! Mon corps est passé aux grands moyens. Peut-être que dans un sens, il me sauve la vie en me sacrant à terre… il fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a! Ma psy m’a dit que quelqu’un fait une dépression après quelques mois de surmenage et quelqu’un fait de la fibromyalgie après une vie de surmenage! BOOM…tu n’as plus le choix d’arrêter.

Maintenant, j’ai compris, je sais, je le sens. Maintenant au lieu de me battre contre mon corps, je vais essayer d’écouter ce qu’il a à me dire et de faire ce qu’il a de besoin… Je ne veux plus me battre, mon corps m’a jeté à terre pour me forcer à prendre soin de moi, pas pour aller à la guerre… Je l’ai finalement entendu.

Qu’est-ce que ça change ? Beaucoup et pas grand-chose en même temps… Je vais continuer les mêmes démarches que je fais actuellement, car j’y crois profondément, mais je vais les faire avec amour et bienveillance et non pas dans le but de guérir… ce ne sont plus des armes contre la fibromyalgie mais des baumes pour mon corps et mon cœur. Parce que, au fond, je guérirais de quoi exactement ? Mon corps, je l’ai souvent transgressé, mal aimé, surmené… maintenant je le ressens dans chaque millimètre de mon corps, piétiné par un troupeau d’éléphants… et je l’accepte, vraiment, si c’est comme ça pour le reste de ma vie, ainsi soit-il. Je vais saisir chaque bonne journée, minute ou seconde, cela me suffit. Et les moments plus difficiles, je vais les accueillir avec bienveillance et amour, sachant que ça finit par passer…

J’ai accepté de partager mon témoignage, extrait de mon journal intime, afin d’inspirer quelqu’un ou de simplement semer une petite graine… J’aurais moi-même lu ce témoignage il y a 5 ans, je ne crois pas que j’aurais vraiment compris ou réussi à changer ma perception, il y a des choses qu’il faut vivre parfois… C’est comme quand on essaie d’avoir un enfant et qu’on nous dit « tu y penses trop, arrêtes d’y penser, ça va arriver… » Ce n’est pas que c’est faux, c’est juste pas vraiment faisable d’arrêter d’y penser… C’est un processus, un cheminement, une acceptation de ce qui est, une paix interne… qui ne s’acquiert avec aucun bon mot. Ce que j’écris ce n’est pas la Vérité, mais pour le moment, c’est ma vérité…

Marie-Pierre