Préface du Dre Élise St-André

Dre Élise St-AndréVous avez en main la deuxième partie d’un ouvrage concernant le problème complexe de la fibromyalgie. Ce syndrome touche environ un million de Canadiens, surtout des femmes.

Rappelons que le diagnostic est essentiellement clinique, ce qui signifie qu’il est basé sur l’entretien avec le médecin et non sur des tests, sinon pour exclure d’autres sources des ennuis de santé présentés par la personne.

Le portrait clinique est dominé par des symptômes douloureux, accompagnés de fatigue, problèmes de sommeil, changements cognitifs, désordre de l’humeur et symptômes somatiques autres. Remarquons ici que plusieurs symptômes similaires sont également présents chez la personne souffrant de dépression.

Dans le Guide de pratique canadien du diagnostic et traitement de la fibromyalgie1, les causes des symptômes sont expliquées entre autres par des anomalies dans le traitement des informations de la douleur, identifiées à différents niveaux du système nerveux sympathique ; d’autres anomalies concernent cette fois la réponse au stress de l’axe hypothalamohypophysaire.

La gestion idéale d’un tel syndrome comprend des actions pharmacologiques et surtout non pharmacologiques: c’est votre espace de contribution essentielle. Ces dernières actions font l’objet du présent livre, suite indispensable au premier.

Le premier livre, Fibromyalgie, quand tu nous tiens !, collectif dirigé par Paule Mongeau, psychologue, permet d’explorer différents aspects des connaissances actuelles sur la fibromyalgie.

De son côté, ce second volet vous assiste dans la mise en place de votre œuvre sous forme de travail continu qui permet l’exploration de solutions de mieux-être selon des pistes intéressantes et divisées en trois volets : la psychologie, la physiologie, et la relaxation. Je ne connais pas le fin détail des pistes explorées ici : ce sont des pistes de mise en action dans la route vers le mieux-être.

Et qu’est-ce que je viens faire moi, médecin, psychiatre, essentiellement clinicienne et professeure, dans la présentation de ce livre ?

Je travaille en psychiatrie générale, au CHUM Notre-Dame, et aussi en première ligne, en CLSC. On me réfère entre autres patients, plusieurs personnes aux prises avec des symptômes physiques demeurant inexpliqués, problèmes que les médecins qualifient alors de « fonctionnels » (voir le chapitre de Dre Dumais, dans le premier livre).

Et c’est bien sûr là mon terrain d’intervention : si possible, trouver une cause (cognition négative, traumatisme, etc.) et la traiter à la fois avec une médication – si nécessaire – et de la psychothérapie… ou simplement, tenter de soulager les symptômes psychiatriques qui accompagnent souvent les conditions chroniques de tout genre : par exemple, la dépression et l’anxiété qui parfois résultent d’une condition physique, et à d’autres occasions aggravent et modifient la perception de la douleur et des malaises.

Permettez-moi de citer un deuxième extrait du Guide de pratique 2012 pour le diagnostic et le traitement de la fibromyalgie (FM) publié par la Société canadienne de rhumatologie :

« Des études de population menées en Angleterre ont révélé que la détresse psychosociale constituait un élément prédictif du déclenchement de la douleur chronique généralisée 2 3. Par ailleurs, un lien entre les difficultés affrontées tôt dans la vie et la présence de douleur chronique généralisée à l’âge adulte a été établi 4. On a rapporté une fréquence plus élevée d’agressions, sexuelles, physiques ou psychologiques, en particulier dans l’enfance, chez les patients souffrants de FM, en comparaison aux témoins 5 6 7. Ces nombreux facteurs interactifs seraient susceptibles de créer la conjoncture dans laquelle l’évènement stressant, qu’il soit physique comme une infection virale, traumatique ou psychologique, puisse entrainer une fragilisation de l’état de santé, et servir de déclencheur de la FM tel que rapporté chez près du quart au tiers des personnes aux prises avec la FM8. »

Le paragraphe précédent devrait vous convaincre de l’utilité de la psychothérapie ! Malheureusement, dans le contexte actuel des services médicaux où les services professionnels s’appauvrissent, l’accès à des services psychothérapeutiques gratuits est rare, beaucoup trop rare pour les fruits que nous pourrions individuellement et collectivement obtenir.

Malgré tout, persistons dans cette voie ! En effet, selon plusieurs données scientifiques contemporaines, les bénéfices de la psychothérapie à moyen et long terme concernant plusieurs problèmes anxieux et dépressifs sont plus grands que le seul traitement médicamenteux, lequel demeure souvent à être constamment renouvelé. Pourtant, l’accès rapide à un traitement pharmacologique à cout faible ou assumé par un assureur ou encore par l’État défavorise les options thérapeutiques non pharmacologiques.

La psychothérapie est une démarche active, volontaire et donne souvent de très bons résultats : je vous suggère de vous faire ce cadeau, comme un voyage intérieur, si vous le pouvez, ou d’accéder aux services couverts en Centre local de services communautaires (CLSC au Québec), pour votre mieux-être.

Soulignons au passage que selon les études publiées sur le site Cochrane9, la thérapie cognitive centrée sur le traumatisme et l’approche EMDR10 sont les deux options à retenir dans le traitement des états de stress posttraumatique. Le premier volume décrit bien ces types d’intervention. Vous pouvez aussi voir certaines explications et exemples aux pages 89 à 96 du récit de Catherine Perrin11.

Il est plutôt question dans ce livre-ci, grâce à diverses autres méthodes, d’assumer l’être devenu souffrant et de suggestions d’auto prise en charge comme souvent, ces personnes ont pris soin des autres. Quelle occasion de prendre soin encore mieux d’une personne très importante : vous !

Puisque la fibromyalgie est relativement mal connue, même en milieu médical, les explorations diverses sont nécessaires pour observer les voies prometteuses, presque tous les moyens sont bons pour rechercher, retrouver le mieux-être, ou au moins, un soulagement significatif.

Vous le savez bien, vous qui déjà vous intéressez au sujet de cette souffrance chronique qu’est la fibromyalgie, combien la médecine est jusqu’ici impuissante, comme dans le cas de nombreuses maladies chroniques.

L’implication du patient est déterminante, cruciale. Sa motivation, constamment renouvelée, est au cœur de toutes les actions pour gagner du terrain.

J’en veux pour exemple plusieurs de mes patients qui ont regagné lentement et sûrement leur santé, totalement ou partiellement. Assez pour en être fiers !! Toujours ce sont eux qui ont fait la différence. Mon travail en est un d’accompagnement, d’observation attentive, de quelques suggestions, d’encouragements.

Oui, des avis basés sur la science, bien sûr. Oui, des médicaments, toujours le moins possible même si parfois… on ne peut faire autrement.

Oui, il y a parfois rechute ; et c’est là qu’il faut saisir l’art de regarder et de s’inspirer de ce qui a déjà été réussi, de s’appuyer sur l’expérience du chemin parcouru. Parfois aussi, il faut inventer d’autres chemins. La science peut y aider, mais vous aussi par vos observations et vos victoires personnelles. Inventez, créez, explorez votre chemin…

Le titre de ce livre, Fibromyalgie Carnets pratiques est porteur… on pourrait dire carnet de pratique ! Car il faut se mettre en action, y mettre du temps, de la patience, avec courage, motivation et foi en soi.

Je vous souhaite le meilleur, avec en main cet outil… et surtout, votre détermination.

Dre Élise St-André
Médecin psychiatre,
Département de psychiatrie, CHUM.


Références et notes bibliographiques

  1. Lignes directrices canadiennes 2012 pour le diagnostic et la prise en charge du syndrome de fibromyalgie, M.A Fitzcharles et al, Fibromyalgia_Guidelines_2012.pdf, http://fmguidelines.ca.
  2. Gupta, A., et al., The role of psychosocial factors in predicting the onset of chronic widespread pain: results from a prospective population-based study. Rheumatology (Oxford), 2007. 46(4): p. 666-71.
  3. Gormsen, L., et al., Depression, anxiety, health-related quality of life and pain in patients with chronic fibromyalgia and neuropathic pain. European
    Journal of Pain: Ejp, 2010. 14(2): p. 127 e1-8.
  4. Jones, G.T., C. Power, and G.J. Macfarlane, Adverse events in childhood and chronic widespread pain in adult life: Results from the 1958 British Birth Cohort Study. Pain, 2009. 143(1-2): p. 92-6.
  5. Pae, C.U., et al., History of early abuse as a predictor of treatment response in patients with fibromyalgia : a post-hoc analysis of a 12-week, randomized, double-blind, placebo-controlled trial of paroxetine controlled release. World J Biol Psychiatry, 2009. 10(4 Pt 2): p. 435-41.
  6. Ruiz-Perez, I., et al., Risk factors for fibromyalgia: the role of violence against women. Clin Rheumatol, 2009. 28(7): p. 777-86.
  7. Boisset-Pioro, M.H., J.-M. Esdaile, and M.A. Fitzcharles, Sexual and physical abuse in women with fibromyalgia syndrome. Arthritis & Rheumatism, 1995. 38(2): p. 235-41. 
  8. Greenfield, S., M.A. Fitzcharles, and J.M. Esdaile, Reactive fibromyalgia syndrome. Arthritis & Rheumatism, 1992. 35(6): p. 678-81.
  9. Cochrane : Organisation internationale à but non lucratif qui, entre autres, étudie et promeut les revues systématiques sur les effets des soins de santé. Voir www.cochrane.org. Bisson, J., Andrew, M. (2007). « Psycho- logical treatment of post-traumatic stress disorder (PTSD) ». Cochrane Database Syst Rev, Jul 18;(3):CD003388.
  10. EMDR : Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Visitez le site international : https://emdrcanada.org/fr/ pour y trouver de l’information (sur cette approche de désensibilisation et de reprogrammation par les mouvements oculaires ou les stimulations bilatérales), ainsi que la liste des thérapeutes accrédités de votre région.
  11. Perrin, C. (2014). Une femme discrète. Éditions Québec Amérique, 136 p.
  12. Société canadienne de rhumatologie : rheum.ca 
  13. Chapitre de Dre Marion Dumais, dans le premier livre : Pour mieux connaitre la fibromyalgie